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septembre 14, 2020

Démocratiser et sauver la République Démocratique du Congo

Crédit, Présidents G-L

Plusieurs congolais ont placé leurs espoirs en la démocratie faisant d’elle la porte de mise en déroute des gouvernements illégitimes. En matière de démocratie, il convient de dissocier le fond de la forme. Démocratiser, c’est chercher une vision globale de l’humain et promouvoir des valeurs capables de construire une société de bonheur partagé, une société qui respecte l’homme et rafistole des liens qui ne donnent pas d’occasion à la marginalisation ou à l’exclusion de certains par un certain type de pouvoir.

                   Démocratiser, c’est construire un Etat de droit. Devant cette question, il n’y a pas une voie unique et universelle de la démocratie. Celle-ci n’est pas une robe que toutes les filles peuvent enfiler et qui conviendrait à chacune d’elle. La démocratie est tout sauf un produit qu’on peut importer. Elle n’émerge que là où les peuples cultivent les exigences du changement dans leurs structures sociales de base. La démocratie est marquée du sceau d’une histoire par des conquêtes de liberté ou par des processus de libération des systèmes sociaux hiérarchiques et verticaux, pour des sociétés horizontales plus consensuelles, et qui assument l’exigence d’une nouvelle solidarité qui se fonde sur les institutions politiques plus justes.

                       La démocratie est dans ce sens le nouveau mode de vivre ensemble qui garantit à chacun ses droits et lui donne la possibilité d’en jouir. A ce propos, il fondrait tendre vers << l’horizon où le génie de chaque peuple s’inscrit dans le génie de toute l’humanité afin d’assurer à chaque personne, à chaque peuple et à toute l’humanité la jouissance de tous nos devoirs et tous nos droits en tant qu’être humain >> (KA-MANA, le Congo est à inventer, p49).

                        Démocratiser la RD Congo,  c’est s’engager pour construire notre destinée comme congolais pour que demain, nous soyons capables de choisir des dirigeants sages et assumer les conséquences de ce choix. Pour ce faire, une éducation civique de haute portée doit être envisagée pour donner aux citoyens congolais une maturité politique. Démocratiser la RD Congo, c’est divorcer avec un leadership pyramidal et sa gouvernance autocratique pour engager le pays dans une gouvernance solidaire. Dans ce contexte, il faut mettre fin à la << particratie >> qui se résume dans  la personne du président du parti, autorité morale en qui se résume l’absolutisme hobbesien justifié par la complicité des membres.

                            Le sens fondamental de la démocratie étant de faire participer le peuple à l’organisation et à la prise de décisions au sein de l’Etat, il n’est pas acceptable que certains s’arrogent le pouvoir de mettre fin à la puissance et à la valeur de << l’agora >>, cette base sur laquelle a germé la démocratie. Tout citoyen a l’obligation civique et morale de se découvrir comme un responsable dont dépend la bonne gestion de la cité. La démocratie est inclusive et non discriminatoire. Démocratiser la RD Congo, c’est refuser les agitations contestatrices de types des oppositions qui ne cherchent qu’à partager avec les leurs la part du gâteau national.

                             La RD Congo doit se construire sur des nouvelles bases qui prennent en compte le leadership communautaire et la gouvernance de responsabilité réciproque. Le leadership communautaire est avant tout l’émergence d’une conscience, la prise en compte des intérêts communs et la participation de toutes et tous aux rouages par lesquels les décisions sur ces intérêts sont prises. Pour cette fin, il faut des gouvernants qui incarnent  des valeurs humanisantes, capables de conduire les êtres humains à donner le meilleur d’eux-mêmes et avoir des conseillers spirituels sûr, pratique malheureusement abandonnée au profit des gourous et charlatans aux intérêts  souvent questionnables.

                               En effet, comme dans une famille, chaque membre a une sphère de pouvoir. Le devenir de la famille correspond non à ce que les parents désirent souverainement (dans le rôle de gouvernants) mais plutôt, lentement et inexorablement, à la qualité des choix de vie consentis par chacun des membres de la famille. Chacun de ce choix est un exercice de pouvoir par << le peuple >> où chacun est libre de choisir, pas pour lui-même, mais pour tous. Une politique qui se veut démocratique doit se soucier d’un avenir de responsabilité et de partage, sur des gestes dialogiques qui conduisent non pas à la victoire d’un camp sur un autre ou à l’écrasement de la majorité par une minorité gouvernante, mais au sentiment de ce qui est essentiel pour la réussite de la vie communautaire devra être gardé aux yeux de tous.

                                     Vivre la démocratie, c’est bâtir la relation à autrui pour des échanges plus profonds. C’est aussi susciter des hommes et des femmes imbus de moralité, d’honnêteté, de générosité car, une gestion responsable de la cité  n’a pas pour but d’enrichir ni de plaire à une minorité dirigeante et aux membres de son groupement politique mais pour satisfaire la volonté des gouvernés. C’est pourquoi, ces hommes et ces femmes doivent comprendre qu’ils (elles) ne sont pas maîtres absolu (e)s mais doivent être rassembleurs, unificateurs des communautés et des cœurs, des hommes et des femmes qui s’éloignent de la haine, des inimitiés et des guerres fratricides, mais des hommes et des femmes qui se battent pour doter la communauté des meilleures conditions de vie.

                                        Une telle compréhension de l’être congolais, prouve que le combat n’est pas d’ordre matériel, mais d’ordre éthique, spirituel et intellectuel et nécessite une conversion profonde qui conduirait à une gouvernance solidaire et réciproque. La grande exigence est pour ce leadership, de comprendre qu’il y a un bonheur collectif à construire, des intérêts communs à sauvegarder, un avenir commun à bâtir.

                                          Il est plus qu’urgent de rompre avec la culture antidémocratique qui agite plusieurs congolais à la recherche du positionnement, voulant vivre pour eux-mêmes et pour << les leurs >>. Il est plus que temps d’en finir avec la culture de politique politicienne qui plonge les congolais dans l’insignifiance. Le temps de travailler pour des profits égoïstes et individuels est révolu et devrait céder la place à un agir collectif pour un bonheur commun.

                                            Il sied finalement de nous organiser de façon intelligente et rigoureuse, morale et patriotique pour rebâtir avec détermination et courage notre immense pays. D’où la nécessité d’une gouvernance politique éthique car la démocratie et l’Etat de droit ne se construisent pas dans une culture des antivaleurs. Il est temps de rompre avec l’Etat-violence au nom d’une gouvernance éthique animée par un leadership  d‘excellence.

             Avec le Prof. Bashige Atsi Bushige Charles