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février 12, 2021

RDC : 18 démobilisés, leurs femmes et enfants immobilisées à Bukavu s’adressent au Président Félix Tshisekedi

Dans un entretien accordé à votre rédaction, Gondo Pana Bernard, représentant des 18 démobilisés et leurs femmes et enfants immobilisés dans des conditions précaires dans la commune de Bagira, ville de Bukavu, tire la sonnette d’alarme et demande au Président Félix Tshisekedi de tenir sa promesse d’honorer les démobilisés éparpillés dans la République démocratique du Congo.


PAMOJARDCONGO : Combien de démobilisés êtes-vous ici ?
BERNARD : Nous sommes 18 démobilisés. Nous venons de perdre l’un de nous il y a de cela un mois. Nous avons autours de 6 femmes et plus de 60 enfants.


PAMOJARDCONGO : Depuis quand êtes-vous ici ?
BERNARD : Nous sommes ici depuis le début de l’année 2019. Ça fait deux ans que nous sommes ici.


PAMOJARDCONGO : Et comment vous vous êtes retrouvés ici à la commune au lieu de vous éparpiller au quartier ?
BERNARD : Nous n’avons pas des familles d’accueil ici, ni d’endroits où nous pouvons nous rendre. Nous avons nos familles et nous sommes nombreux. C’est dans ce cadre que nous avons jugé utile de nous rendre ici à l’Etat civil qui est sensé poursuivre notre dossier pour que nous puissions bénéficier du droit au transport et nous rendre dans nos provinces d’origine.


PAMOJARDCONGO : Si tel est votre désire, quelles sont les démarches que vous avez entreprises et sur quelles portes avez-vous frappé pour plaider en faveur de votre cause ?
BERNARD : Autrefois nous sommes allé à la radio Okapi, à la radio Maendeleo, nous avions écrit aux organes de droit de l’homme, à la société civile, au ministère de l’intérieur, même l’assemblée, le parquet général ; nous avions dénoncé, et accusé mais il nous a été dit que nous sommes immobiles. Nous nous demandons c’est quelle politique. Notre promotion n’a pas vécu la démobilisation comme il se doit.


PAMOJARDCONGO : Comme on vous dit que vous êtes immobiles, est-ce que cela veut dire que vous ne quitterez plus la commune de Bagira ou ici à la maison communale ?
BERNARD : C’est ce que l’Etat dit, mais ce n’est pas comme cela. Le processus de démobilisation prévoit que dans 48 heures de votre démobilisation l’on doit vous évacuer et vous allez dans vos provinces. Vous y étudiez des métiers et techniques pour continuer la vie. On nous a trompés en tout cela. Nous avons appris des travaux et métiers, et une fois terminé, on nous a privés de l’outillage, et du transport.


PAMOJARDCONGO : Vous voulez dire que tous les démobilisés qui sont ici ont déjà bénéficié d’une formation manuelle ?
BERNARD : Nous avons fait des formations.


PAMOJARDCONGO : Et vous, qu’avez-vous fait comme formation ?
BERNARD : J’ai fait la mécanique et la conduite.


PAMOJARDCONGO : Et jusque-là vous n’avez pas eu un kit en vue de vous lancer dans la mécanique ?
BERNARD : On nous a privés de tout cela. Il y a une organisation que l’on appelle ADS, si je me rappelle bien qui ne nous a pas donné cet outillage en vue de notre insertion sociale.


PAMOJARDCONGO : Et comment vous parvenez à survivre ici ? Vous dites que vous n’avez pas de travaille, ni d’occupation.
BERNARD : Pour parvenir à survivre ici, nous n’allons pas voler, nous n’avons pas intérêt à ravir les voisins de leurs biens. Non ! Quand le jour se lève, chacun prend sa direction pour chercher dans les avenues s’il y a un service à rendre. Soit creuser des parcelles. C’est depuis 2008 que nous sommes à Bagira et tout le monde sait que ce sont des démobilisés qui font des travaux de moindre coup au quartier. Il y a des civiles qui passent par ici et sollicitent que nous puissions les rendre service à domicile. Et nous envoyons des démobilisés qui reviennent avec de quoi se nourrir. S’il y a un autre qui sait rouler à moto, s’il trouve des occasions pour exercer, il le fait. Et ils se retrouvent peu à peu. C’est ainsi que nous parvenons à survivre. Dans beaucoup de cas, les populations viennent nous demander de leur prêter un coup de main.


PAMOJARDCONGO : Sur le plan sanitaire, avez-vous d’assurance ?
BERNARD : Pour ce qui est de la santé, en tout cas ça ne va pas. Les enfants souffrent toujours. Les parents se démènent malgré eux. Nous n’avons pas de moyens de nous rendre à l’hôpital. L’un de nous est mort entre nos mains suite au manque de moyens de soin. Les enfants en sont des victimes. Certains ont des problèmes d’hernie, nous mangeons mal et difficilement. Comment alors trouver de l’argent pour les soins ? C’est cela notre problème.


PAMOJARDCONGO : C’est depuis quand que vous avez perdu l’un de vous ?
BERNARD : Il est mort en septembre.


PAMOJARDCONGO : Est-ce que vous aimeriez revenir dans vos provinces ou bien vous trouvez mieux de rester ici à Bukavu ?
BERNARD : Si l’Etat disait par exemple que comme il n’a pas de moyens de transport, voici une place, nous vous construisons des maisons pour que vous puissiez vous abriter, dans l’entretemps celui qui trouve de moyen on l’accompagne et il rentre dans sa province, ce serait mieux. Mais l’Etat lui-même n’y pige rien. Au lieu de donner à chacun par exemple 500 Dollars (USD) pour qu’il retrouve la route de chez lui, l’Etat lui-même ne s’y intéresse pas. Une seule solution, qu’il nous donne une place où nous pouvons vivre ou soit qu’il nous donne notre dû pour que chacun retrouve le chemin de sa province. Nous ne pouvons pas demeurer ici. Nous avons passé trop de temps ici, c’est depuis 2006 que nous ne voyons pas de changement. La vie est de plus en plus difficile. Nous avons trop souffert.


PAMOJARDCONGO : Que disent les autorités qui passent par ici par rapport à la situation que vous vivez ?
BERNARD : Nombreuses personnes sont passées par ici. Les organisations de défense des droits de l’homme, des ONG, des journalistes, même le maire de la ville est arrivé ici et nous avons dialogué avec lui. Il nous a promis d’apporter une solution mais jusque-là il n’y a pas de solution.


PAMOJARDCONGO : Vous voulez dire qu’il n’y a aucun soutien matériel dont vous avez bénéficié de la part des autorités ou des ONG ?
BERNARD : Nous n’avons rien vu de tout cela.


PAMOJARDCONGO : Depuis l’installation du Bourgmestre, est-ce que vous avez eu sa visite ?
BERNARD : Nous n’avons pas encore bénéficié d’un dialogue avec lui en tant que autorité. Nous entendons dire qu’il suit notre dossier, que nous restions calmes sans faire des désordres. Nous ne commettons pas des désordres, ni de crimes, non. Nous n’avons besoin que de solution à nos problèmes. Mais pour tout crime qui se passe, ou pour toute question d’insécurité dans cette commune on nous pointe du doigt. S’ils pensent que nous en sommes la cause, que l’Etat nous mette dans nos droits et que la sécurité revienne puisque nous sommes tout le temps accusés de semer l’insécurité dans cette commune.


PAMOJARDCONGO : Avez-vous une recommandation à donner à l’autorité ?
BERNARD : Ma dernière recommandation est que, nous avons entendu le Président de la République promettre dans son discours qu’il se souviendra des démobilisés et qu’il établira les démobilisés dans une position normale. Nous souffrons dans une province étrangère à la nôtre sans assistance ni famille. Si le président écoutera cette déclaration, qu’il nous apporte une solution, qu’il fasse en sorte que chacun retrouve sa province d’origine et que chacun veille sur sa famille. Nous avons des enfants qui ont besoin de vivre dignement, d’étudier mais il n’y en a pas de possibilité puisque nous sommes très mal positionnés.


PAMOJARDCONGO : Et au Bourgmestre de la commune de Bagira qui est juste au-dessus de vos bâches ?
BERNARD : Je dirais au Bourgmestre que nous sommes dans sa commune. Et comme il nous voit vivre dans cette condition, il doit être gêné. C’est un parent, c’est un humain aussi. Qu’il fasse tout pour faire parvenir nos cris à qui de droit pour que nous soyons libérés de sa commune.


Rédaction Pamoja